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Triathlon LD Abu Dhabi

9 Mar 2014

 

Abu Dhabi, il y a 40 ans, n’était qu’un village de pécheurs sur l’Océan Indien. Mais à l’image de sa grande sœur Dubaï et grâce aux richesses de son sous-sol, les tours poussèrent comme des champignons, les affaires fluctuèrent, le tourisme se développa.Abu Dhabi, perle des Emirats Arabes Unis, son climat agréable (sauf en été où il fait 50°C), ses plages de sable assez vides avec un Maitre-Nageur Sauveteur tous les 100m, sa corniche où il faut bon flâner le soir, ses restaurants cosmopolites, la gentillesse de ses habitants, son centre-ville alternant derniers chics et fripes locales, ses taxis, ses Ferraris, ses femmes voilées aux visage d’ange et ses femmes habillées chez Gucci, sa grande mosquée, monument d’architecture (et de culte bien sûr) époustouflant, son grand prix de Formule1 et…son triathlon International.

Ah bien sûr, tout n’est pas parfait. Les indiens et les pakistanais travaillent comme des esclaves dans les tours, la condition de la femme n’est surement pas au top, l’écologie n’est surement pas respectée partout et c’est très difficile de trouver de la bière dans les supermarchés mais dans l’ensemble, c’est un pays où il fait bon vivre.

Je suis retourné là-bas pour participer une deuxième fois au Triathlon International Longue Distance soit 3km de Natation, 200 km de vélo et 20 km à pieds.

Avantages : C’est tôt en saison (début mars) et ses distances (bcp de vélo et moins à pieds) par rapport à un Ironman (3.8 / 180 / 42.2) sont moins traumatisantes pour le corps et ne gêne en rien (au contraire) dans la poursuite de la saison. De plus, à cette période, la température est plutôt agréable (une trentaine de degrés au plus chaud). Dans deux mois il fera 50°C. Cela coupe l’hiver en deux et cette semaine de soleil et chaleur fait vraiment du bien. Il était vraiment temps que je prenne l’air.

Inconvénients : C’est tôt en saison. Et vu l’hiver pourri que nous avons eu, la préparation pour les 200 km de vélo est vraiment difficile. J’ai vraiment souffert (plus mentalement que physiquement) et je l’avoue, j’ai failli rendre mon tablier, rendre mon vélo et me remettre au ping-pong. Je marche au plaisir  et là, il avait disparu. Je n’ai rien à prouver et rien à gagner, pourquoi je me prendrais la tête sans plaisir aussi longtemps ? J’ai vraiment gambergé.

Mais j’ai quelques atouts dans ma manche. Mon coach Nicolas Hémet qui se casse la tête pour me faire des entrainements variés, adaptés et aux petits oignons (de Roscoff ??). Mes partenaires pour la saison, Cycles Xpert Brest qui met à ma disposition un Scott Plasma Premium, Cyclism’Access qui me prête une roue paraculaire, Crêpes Whaou qui me donne un coup de pouce financier, Décopub Landerneau qui me fait quelques autocollants. Enfin, famille et amis qui me soutiennent ou me supportent. Je ne dois donc rien lâcher cette saison.

Pendant les jours pré-course j’ai assez mal dormi la nuit. Un décalage de trois heures, un hôtel sympa mais assez bruyant, des entrainements de natation trop tôt le matin. Alors je n’ai pas fait grand-chose d’autre, dans la journée, que de m’entrainer un peu, me reposer beaucoup dans ma chambre d’hôtel, d’éviter de piétiner et de préparer mes affaires pour The Race Day.

 

 La dépose de vélo s’est faite sous des trombes d’eau (très rare à Abu Dhabi mais un Breton ne part jamais sans un peu de pluie) et le briefing au Hilton Garden Club m’a appris que le parcours avait un peu changé. Au lieu de faire les trois tours du circuit de F1 à suivre, ils sont répartis sur tout le parcours et nous les faisons dans le sens inverse. C’est mieux équilibré et un peu moins monotone : Chaque tour de circuit est comme une récompense de la distance qu’il faut faire pour l’atteindre.

Bizarrement, la nuit ou j’ai le mieux dormi est celle d’avant course. Et c’est avec un sentiment de bonne forme que je rentre dans le Parc à vélo, à 5h30 du matin. J’installe mes gourdes, gonfle mes boyaux, dispose quelques gels sur le cadre, fais quelques dernières vérification. Le rituel est bien réglé. Je n’ai aucune pression mais je suis concentré. Je vais aussi vérifier mes sacs dans la tente de changement. Je mets le bas de ma combinaison et je prends mes élastiques pour aller faire un échauffement à sec correct. Je suis prêt. Je rencontre Thierry Foulounoux (dit Foufou), l’écumeur de podium en 55-59 et triathlète globe-trotteur aguerri et son copain de Dijon, un peu plus inquiet de la distance. Les pros partent 30’ avant nous et j’en profite pour aller finir de m’échauffer dans l’eau, claire, bonne et très très salée.

Il est temps de se mettre sur la ligne de départ. Nous nous retrouvons au centre et devant avec Foufou. Rien pour éviter la baston, si ce n’est partir vite. En même temps, nous ne sommes pas nombreux sur le longue distance (environ 200) et ça ne doit pas être un gros problème.

Mes objectifs sont assez bien définis :

  1. Finir : on ne sait jamais, un problème mécanique peut arriver

  2. Prendre du plaisir quand même un peu sinon ça ne sert à rien.

  3. Faire le même chrono que l’an passé ou mieux (le circuit est pratiquement le même et les conditions de vent semblent un peu meilleurs que l’an passé)

  4. Gagner ma Catégorie d’Age 45-49 : Je l’ai bien fait l’an passée alors pourquoi pas cette année ?

Le départ est donné. Je pars assez vite. Je ne suis pas trop gêné. Mon échauffement m’a bien servi car ma dette d’oxygène est acquittée assez rapidement. La  mer est plate, j’essaie de m’appliquer, de garder le coude haut, de pousser jusqu’au bout. Mais comme d’habitude en natation, au bout de 10’, je m’ennuie. Il n’y a rien à voir, rien à sentir, rien à écouter.  Au passage de la première bouée, il faut viser les Etihad Towers pour aller chercher la deuxième bouée avant un retour sur la plage. J’essaie de trouver un poisson pilote. Le retour sur la plage me semble moins long. Je sors de l’eau en 21’ 40’’. Je suis dans les même temps que l’an dernier. Très bien. Je sais que j’aurais pu aller plus vite mais je décide de ne pas m’enflammer. La journée va être longue et je veux éviter de perdre trop d’énergie dans l’eau, surtout pour gagner une minute. Je plonge pour le deuxième tour mais je vois qu’il y a plein de bonnets verts pas très loin. Les derniers du Courte Distance parti avant nous. Et ces derniers-là ne vont pas vite et sont nombreux. Certains à la brasse, d’autres dans un crawl approximatif (encore plus que le mien). C’est un peloton assez dense et éparpillé que je vais devoir traverser et accompagner jusqu’au bout. Je lève la tête beaucoup plus, je tape dans les pieds, je zig-zague un peu et puis je finis par arriver sur la plage en 43’…Un peu moins bien que l’an passé mais sensiblement identique.

 

La tente de changement est un peu loin. J’en profite pour enlever le haut de ma combi, j’en arrache ma fermeture. Je galère un peu pour l’enlever. Je mets chaussettes, dossard, je range ma combi dans le sac et je prends le temps de me mettre de la crème solaire sur les épaules, les bras, le dos au max et les jambes. C’est parti pour 200 km en position aéro avec un soleil agressif et une peau blanche sortie d’hiver. Je ne prends pas de risque. Je file à mon vélo en mettant mon casque, je sors du parc en courant (encore 100m), l’allume mon garmin vélo et c’est parti.

Le Grand Plateau est en place et je commence à appuyer sur les pédales. Il y a un peu de monde, les CD et LD étant mélangés mais ce n’est pas la place qui manque pour doubler proprement. Je roule à 40-41 km/h sans trop faire monter les watts. Le revêtement est du billard, et çà pendant 200 bornes. Le vent est léger mais défavorable. Même si Nick m’a dit que je pouvais prendre quelques risques à vélo au niveau des watts, il est trop tôt pour ça. Je suis déjà à plus de 40 et je me dis que je peux un peu m’économiser pour garder des forces pour la deuxième partie de la course. Je reste quand même aux alentours des +/-230 W. Une fois la corniche passée, j’arrive au premier pont avec un passage à 5-6 %. Je regarde mon compteur : 10 bornes !!! Misère, il en reste 190 !!!

 

Je double pas mal de monde, je n’oublie pas de m’alimenter et de boire, la journée va être longue. Je reste entre 37 et 42 km/h selon le profil. Je joue un peu au chat et à la souris avec un Belge et un Danois. Une fois je gagne, une fois je perds. Je ne m’affole pas, la finish line est encore loin. Mais çà occupe. Je me surprends même à regarder si, d’apparence, ils ne seraient pas de ma catégorie. Juste au cas où…juste au cas où je ne sais pas quoi mais  juste au cas où.

Je me fais donc passer par quelques gars aux allures de costaud, bien posés sur leur machine. Je sais que j’en reverrais certains mais pas tous.

Quand tout à coup, je me fais déposer par une machine de guerre. Un colosse, genre Teuton, magnifiquement posé, gants aéros, sur-chaussures aéros, des mollets comme mes cuisses, 500w dans chaque jambe. Pas eu le temps de voir son Groupe d’Age mais de derrière c’est beau. Rien qui bouge à part les jambes, rien qui dépasse. Celui-là, je ne le reverrai pas.  Enfin, je sors de l’autoroute pour aller sur Yas Marina Island et son circuit de F1. Mais cette année nous n’avons pas pris la première sortie mais la deuxième et le très long tout droit face au vent pour l’atteindre est usant. C’est une des difficultés de ce circuit. Tu es toujours, toujours en prise et 95% du temps en position aéro : les fessiers travaillent beaucoup  et je commence à les sentir qui chauffent. L’abord du Circuit de F1 est un peu tournant puis me voilà sur l’anneau.

 

C’est génial, j’ai des bruits de moteur dans la tête. J’imagine les bolides à 300 km/h, choisissant leur trajectoire avec soin, ce que j’essaie aussi de faire. Le circuit longe la marina où les émirs locaux laissent leur yacht de 40 à 50m de long.  Nous passons à l’endroit du départ ou les F1 laissent des traces de gommes, devant les loges d’honneur, nous négocions au mieux l‘épingle à cheveu avant la remontée. C’est génial. J’ai même failli rentrer aux stands pour un changement de pneus : En fait c’était le ravito et j’ai pris de l’iso et une banane entière.

Une fois sortie, il faut rattraper l’autoroute. Le vent est maintenant favorable. J’en suis environ à 55 km de course. Je roule aux alentours de 40-45 km/h. Je double pas mal de CD dans le ventre mou du classement. Puis c’est le demi-tour pour attaquer le deuxième tour. J’ai de plus en plus mal aux fessiers. Le seuil de l’inconfortable est en train d’être dépassé et je suis obligé de plus en plus de me relever pour essayer de m’étirer les fessiers : pas facile. Les cuisses, le dos, les mollets sont nickels mais les fessiers morflent. Comme l’an passé d’ailleurs. Ici pas de rond-point, de feux rouge, de descente technique ou de village à traverser pour se relever et se décontracter. Ici c’est en prise, en prise, en prise. Il y a déjà moins de monde  car les « CD » ne font qu’un tour d’autoroute. Je double donc les derniers du CD.  La fatigue musculaire se fait un peu sentir mais rien d’inquiétant. L’arrivée pour le deuxième tour de circuit permet quelques relances qui soulagent un peu les fessiers. Je fais le plein de ravitaillement et boissons en sortie de circuit mais les ravitos ne sont pas toujours clairs. J’ai pris du coca et de l’eau au lieu de la boisson Iso et je vais donc faire un mélange coca dilué / Iso. J’aurais quelques fois ce problème sur la course et ceci est une des explications des petits soucis que j’ai eus plus tard. Le retour se passe bien, je double toujours quelques retardataires du CD. Pourtant, avant le demi-tour pour faire le troisième et dernier tour, j’ai un peu plus de mal. J’ai l’impression de plus lutter et une fois le demi-tour fait, l’impression se confirme. Le vent a radicalement changé de sens. Il n’est pas encore très fort mais c’est du thermique et il va monter. Je file donc vent favorable vers le circuit et il y beaucoup moins de monde. Il ne reste que quelques coureurs du LD à qui je prends un tour. Ceux qui râlent à cause du drafting et qui s’inscrivent sur des sprints en ville avec 3 bouclent de 7 km et 300 triathlètes dessus, devraient venir rouler ici. Personne 1km devant et 1km  derrière. Tu te bats contre toi-même. Dernier tour sur le circuit, je reprends une banane et j’attaque les 35 derniers km. Une fois sur l’autoroute, je sens bien le vent contraire qui monte. Il n’est pas très fort mais suffisamment gênant pour que ma moyenne en prenne un coup. Pourtant, je remonte quelques coureurs qui m’avaient doublé au début. Ils ont les mains en haut du guidon. La longueur du parcours et son profil sont usants pour tous et tenir la position aéro pendant plus de cinq heures engendre quelques dégâts. Mes fessiers vont mieux ou je m’habitue à la gêne. Enfin, le dernier pont est en vue. Je le passe et je file vers la fin du parcours. Je commence à être fatigué et la fin, le long de la corniche me semble très longue. (Vélo 5h23’31’’)

Je descends du vélo. (J’ai l’impression de peser 100 kg. J’ai mal aux pieds, les jambes lourdes. Il fait chaud. Je trottine tant bien que mal vers la tente de changement, je mets mes chaussures,  mes lunettes et ma visière. Je prends le temps de mettre de la crème et je repars à pieds.

 

Et très étonnamment, ça va bien. Je me sens assez bien, les jambes répondent correctement, les gens nous encouragent, je tiens une allure de 14h00 km/h. Je prends un verre d’ISO sur le premier ravito. Il y a pas mal de monde car certains du CD sont encore en train de courir (ah oui, le CD c’est 1.5 / 100 / 10). Mais au kilomètre 4, je sens que je faiblis. L’allure est plus forcée. Pourtant je reprends un Russe et un Danois qui m’avaient lâché en vélo assez tôt. Ils n’avaient pas fait la différence et ils accusaient le coup. C’est toujours bon pour le moral. Par contre, la mobylette qui m’a passée au 30ème kil est loin devant (vélo à 39 km/h de moy). Mais cette partie du circuit et ses circonvolutions est assez pénible. Il fait chaud et  je sens que je ralentis. Et sur le retour, cela se confirme. Je n’avance plus, je coince…Je reconnais bien la sensation. Plus de force, une sensation de ne plus être dans l’instant. C’est la petite hypoglycémie. Même si j’ai l’impression d’avoir bien mangé avant, la chaleur et la dilution des boissons ont du faire que mon estomac a moins bien fonctionné et que moins de sucre est passé. Je vois Pierrot Mouliérac qui m’encourage. « Je suis dans le dur ». Les deux kilomètres jusqu’au demi-tour sont très durs pour moi. Pourtant je m’accroche. La veille je lisais un reportage sur le dialogue intérieur en course et je décide de m’encourager intérieurement : « Allez Arnaud, retour à la technique, foulée plus courte, économie de mouvement, tu ne lâches rien… ». Je me retourne une ou deux fois et je vois que derrière, çà ne revient pas, ce que me confirmeront les demi-tours. Au kilomètre 12, je revois Pierre qui prend des photos en m’encourageant. Je lui dis : « Il faut que je mange » et je joins le geste à la parole en m’arrêtant pour prendre un gel et deux verres d’Iso au ravito. Puis je repars avec l’idée que je suis plus prêt de la fin que du début. Les sensations sont un peu meilleures mais je m’arrête un peu trop au ravito car j’ai un peu de mal à trouver ce que je cherche (petit manque de lucidité). Le fait que les places soient jouées ne motive pas pour aller chercher au plus profond de soi. Je gère sans m’affoler la fin de course et je franchis la ligne d’arrivée en 7h51’28’’ fatigué mais toujours content de l'évènement (CàP – 1h33’15’’)

16ème au scratch, 3ème GA et 2ème de mon GA (40-49)

 

 

Malgré le petit coup de moins bien à pieds, le bilan est quand même positif. J’ai pris du plaisir sur cette course (pas tout le temps évidemment mais quand même plus que de galères), j’ai validé quelques acquis et j’ai encore beaucoup à travailler.

La saison 2014 est lancée.

 

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