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2003 - Désert Cup Mali

9 Nov 2003

 

La course

Extrait du site officiel : www.darbaroud.com

"La Désert Cup est une course à pied, non-stop à allure libre d'une distance de 180 km environ en autosuffisance alimentaire - Points de contrôle : tous les 15 km maximum
Temps maximum : 62 H "

Terrain :

* piste et sentier de montagne
* Beaucoup de chemin sablonneux
* Dunes de sables
* Traversée de savane et de champs de mil

Température moyenne : en théorie, 27° le jour ; 14° la nuit mais en réalité il a fait 40°C le jour et 23°C la nuit.

Inscription : individuelle ou équipe mixte

Réserve de survie : 2000 calories - 1 litre d'eau minérale

Objectifs horaires et calories minimales :
- 24 H - 2000 calories
- 36 H - 3000 calories
- 48 H - 4000 calories
- 62 H - 5000 calories

 

Le récit :

Mardi 2 décembre 2003.

5h30. Le soleil se lève sur les falaises de Bandiagara, au Mali. Ce paysage Magnifique va servir de cadre à la 5ème Désert Cup, épreuve de 180 km , non stop et en autosuffisance alimentaire. La veille a été une journée de fête où les habitants des villages environnants sont venus en masse pour voir ces droles de personnes qui viennent courir sous le soleil. Et du soleil, il risque d'y en avoir. La journée des contrôles techniques a été très chaude. Cela risque d'être une des clés de la course.

Après un petit déjeuner fait de semoule, je me prépare des pâtes pour ce midi. Je me rends sur la ligne de départ avec mes amis Daniel et Yannick pour les traditionnelles photos sous l'arche. Après un petit briefing, le départ est donné. Je décide de partir assez doucement et de me caler sur Katell Corne. D'après le road book nous devrions passer au dessus d'une vallée mais les premiers sont descendus directement dans la vallée. Nous suivont donc le troupeau. Ce n'est pas grave, nous retrouverons le chemin plus loin. Le rythme n'est pas très élévé mais le sac est assez lourd. Je me trouve avec la colombienne, Simone Kaiser et katell Corne. Au bout d'1h20, le CP1 est en vue. Je prends la bouteille d'eau, je fais le plein et je mange une barre. Je vois alors Benoit Laval qui arrive. Aie, je suis parti trop vite !!! Pour l'instant tout va bien mais je prends un peu plus de temps que les filles, donc je repars seul.

Je longe les falaises et je traverse des petits villages . La chaleur commence sérieusement à monter. Les gens nous regarde courir et nous les saluons. Les villageois travaillent dans les champs pour faire pousser du mil, leur alimentation de base. Les villages sont pauvres mais les gens possèdent un peu de bétails. Les enfants ont le sourire et nous demande tous des cadeaux. Je m'arrête pour prendre des photos. La fatigue commence à se faire sentir et je marche un peu. Serais je parti trop vite ? Je me fais doubler avant le CP2 que j'atteinds au bout de 2h50 de course. Patrick Bauer est là pour nous accueillir, avec le maire du village. Je m'arrête pour faire des étirements et refaire "les niveaux". Je prends mon temps car je suis au pied de la falaise et le CP3 est de l'autre coté. A la sortie du CP2, les enfants nous acclament, c'est la fête. J'attaque la montée tranquillement La falaise est assez haute et j'arrive dans un village troglodyte. C'est absolument fabuleux. La montée me fait du bien car elle m'oblige à marcher. Christian Ginter me rattrape et nous faisont la montée ensemble. Le paysage est très sympa. Sur le plateau nous hésitons car nous avons perdu les traces du chemin. Nous les retrouvons et la descente commence. Nous traversons un village Dogon dans la pente. Les conditions de vie et d'hygiène sont précaires. Des enfants apparaissent au détour des rues. Des femmes maliennes portent des charges énormes sur leur tête et vont aussi de l'autre coté de la falaise. Dire que nous faisons cela pour notre loisir alors qu'elles le font pour leur survie. En bas de la falaise j'arrive dans un village où les enfants nous font une haie d'honneur. C'est magique. Malheureusement le CP3 n'est pas là. Il est encore à 5 km. Il est environ midi et le soleil est au zenith. J'ai 40°C à ma montre. Le chemin qui mène au CP3 est très sablonneux et épuisant. Je marche beaucoup. Je sors le road book pour savoir où j'en suis. Je traverse un village où une vieille femme me donne de l'eau. Je ne la bois évidemment pas mais je mouille ma casquette avec. Enfin le CP3.

Je défait mon sac et ma poche ventrale. Je prends les deux bouteilles d'eau et je m'installe pour manger mes pâtes. Une pose bien méritée sachant que la CP4 est derrière la montagne sacrée qui se trouve à 4 km. Les medecins commencent à comprendre que l'épreuve est plus dure que prévue car les premiers abandons sont déja annoncés. Je repars avec la colombienne et son mari. Nous traversons des champs de mil en direction de la montagne sacrée. La progression est difficile car le sol est irrégulier et meuble. Au pied de la montagne, nous traversons un village où un enfant nous propose l'eau de son puits. La montée est difficile car les "marches" sont hautes. Il faut prendre sont temps. Je fais la montée avec un carabinier de monaco très sympa. Nous passons dans des failles où un village Dogon est installé. C'est incroyable de voir ce village intégré dans la montagne. Un Coca Cola nous est même proposé. J'en achète deux . Nous rejoignons Katell Corne qui achète aussi du coca et nous repartons. Nous arrivons au niveau d'une réserve d'eau dans la montagne. C'est un instant de fraicheur très appréciable. Au niveau du plateau, je me sens des ailes et je reprends Katell. Nous arrivons ensemble au CP4 au bout de 7h10 de course. Une pose d'un quart d'heure et nous repartons ensemble.

Nous traversons la savane pour nous retrouver sur un chemin sablonneux. Nous courrons très peu mais nous marchons assez vite. Nous croisons des femmes qui détournent les yeux car elles voient une fille en short. La révolution culturelle n'est pas passée partout. Le CP5 n'arrive pas vite même si nous marchons d'un bon pas. Nous y arrivons au bout de 9h30. Quelle ne fut pas notre surprise de voir Benoit Laval, assit sur un carton d'eau, l'air très fatigué. Il nous dit qu'il est mort, que son genou le fait souffrir (c'est vrai qu'il est enflé). Il nous donne du saucisson, bon pour le moral. Je repars avec Katell pour le CP6. Nous devrions l'atteindre dans deux heures. Il fera alors nuit.

Nous avançons d'un bon pas. Je suis fatigué mais c'est supportable. La chaleur est tombée même s'il fait encore 25°C. J'ai mal aux abducteurs depuis quelques heures et les étirements n'y font pas grand chose. J'ai pris un Aspégic et cela va mieux. Nous discutons de tous et de rien avec Katell. Nous passons chacun par des phases euphoriques et des phases plus dures. Le chemin est toujours assez sablonneux et la nuit tombe. Nous ne mettons pas de suite notre frontale. La nuit est assez claire. Nous savons que Simone Keiser n'est pas loin devant mais pas de nouvelle de la colombienne. La nourriture sucré commence à ne plus passer. Je me force mais ce n'est pas vraiment çà. Le CP6 devrait être après un village mais nous ne le voyons pas. Enfin le voila (12h20 de course). Nous rencontrons les premières personnes misent hors delai sur les CP3 et CP4. Je prends le temps de me faire chauffer de l'eau pour manger mon "Riz au poulet et curry". Je le prepare puis nous repartons, surtout que la colombienne arrive. Je le mangerai en marchant.

Direction le CP7 (le CP du milieu). Le moral est bon . Nous allumons nos batons lumineux mais nous les mettons devant pour ne pas être vus de l'arrière (tactique, tactique !!). Je me sens de plus en plus fatigué. Nous rattrapons un copain de katell et nous faisons un bout de route ensemble. Les moustiques se réveillent car nous sommes près de zones humides. Nous mettons du produit puis nous repartons. Nous suivons les batons lumineux posés par l'organisation. Ils sont visibles de loin et si les enfants ne les volent pas ils nous conduiront toute la nuit. Nous marchons en silence. c'est assez dure et le temps ne passe pas vite. Je commence déja à avoir envie de dormir. C'est trop tôt pour être normal. Malheureusement, je n'arrête pas de visualiser mon duvet. Nous arrivons enfin au CP7. Là, Je préviens Katell que je vais faire une pose. Nous sommes à 14h30 du départ. Elle repart avec son pote. Moi je sort mon duvet et je m'endors immédiatement. Je me réveille au bout d'une heure et je vois que mon pote Daniel est allongé à coté. Il a abandonné et semble un peu dépité. La colombienne est là aussi mais son mari ne peut plus repartir : il a besoin de souffler. Je mange un morceau, je me remotive quand Yannick arrive avec hugues, l'alsacien de Batibois. Il ne s'arrête presque pas et je repars avec eux pour le CP8.

D'après le road book, le CP8 est à 14,5 km de dunette. Hugues mène le train à un bon rythme de marche. Il a des batons et c'est plus facile pour lui (même s'il est blessé à la hanche). Yannick décroche assez vite et moi je tiens une heure avant de décrocher. Je me retrouve seul dans la pampa, à rechercher les batons lumineux. Le sol est fait uniquement de sable et dunette. Les batons lumineux se voient de sommet de dunette à sommet de dunette. Je me fais doubler par un 4*4 qui s'enlise dans le sable. Bien fait pour eux !! Je m'égare parfois car le chemin n'est pas toujours très clair mais je me retrouve tout le temps. Pour passer le temps, je branche mon lecteur MP3 (3h00 de Rock'nRoll en 60g !!). Enfin, je vois le CP8 et j'y arrive au bout de 19h00 de course. Il y a du monde à dormir et je décide de faire une pause car je suis épuisé. J'ai mal aux jambes et aux abducteurs. Je dors deux heures dans mon duvet. Yannick arrive et dort un peu aussi. Nous repartons ensemble vers le CP9

Au bout de 10 minutes, il n'y a plus de batons lumineux. Nous cherchons alors notre route dans la nuit et nous finissons par la retrouver. Il est pas loin de 5 heures du matin et le soleil ne devrait pas tarder à se lever. Nous ne sommes plus dans les dunes et le terrain est un peu plus dure. Au lever du jour, nous traversons la savane. Notre vision est faussée par la faible luminosité et nous avons l'impression de voir des éléphants et des lions dans la savane. Ce ne sont que des buissons. Nous ne marchons pas très vite. Je commence à en avoir assez de ne faire que marcher mais je n'ai pas la force de courir. Le soleil se lève sur les plaines Peuls et nous traversons quelques villages de cases Peuls. Le CP9 se trouve après un de ces villages. Je suis fatigué autant physiquement que moralement. J'ai envie d'abandonner. Au CP9, le médecin me motive, me dit de me reposer et me donne quelque chose pour retrouver de l'appetit. Je dors par terre pendant deux heures. Je retrouve un peu de force et je me fais des pâtes. La fille de l'équipe du Mali arrive et repart au bout d'un quart d'heure. Elle a une volonté d'acier. Elle continue malgré un sac mal adapté, trop lourd et des chaussures plus mode que sportive. Je repars un peu plus tard sous les vivas des habitants du village.

Je me sens un peu mieux et j'essaie d'alterner 10' courses et 5' marche (Erreur !!!). La chaleur est déja bien présente. Je rattrape la malienne qui courre à tout petit train mais je fatigue très vite. Je traverse un village et les enfants m'accompagnent pendant quelques kilomètres. Le soleil tape fort. Je ne fais que marcher. Le temps passe très lentement. Le paysage est assez monotone. Des champs de mil à perte de vue et des cases Peuls de temps en temps. Je croise un troupeau énorme de vaches et de taureaux. Je ne suis pas trop fier mais pas de problème. Je traverse un village et le CP10 est enfin là. J'ai envie d'arreter mais les médecins et les bénévoles me relancent dans la course. Je me repose, je bois, je mange et j'arrive à me remotiver. c'est très dure, il fait très chaud. Je repars tant bien que mal vers le CP11

Le paysage est tout le temps le même. les chemins sont sableux . Pas un arbre pour l'ombre, juste quelques cases Peuls éparses. Comment peut on vivre ici ? Je souffre de plus en plus et je titube à moitié. Je m'arrête souvent et arriver au CP11 est une agonie. Une fois le CP11 en vue, au bout d'un temps qui m'a paru interminable, je me relache un peu. Je m'assois au CP et .... Je tombe dans les vappes quelques secondes. Les médecins veulent me perfuser mais je refuse. Je décide d'arrêter pour ne pas complètement casser la machine. Je me repose deux heures avant d'être rapatrié en 4*4 vers l'arrivée.

 

Analyse de l'abandon 

  • Premièrement, je ne regrette pas d'avoir arrêté. C'est la deuxième fois que j'abandonne sur une course et je pense qu'il y a toujours quelque chose à en apprendre. Je n'avais pas envie de me casser complètement et moi, je ne fonctionne qu'au plaisir. Si je n'ai plus de plaisir du tout c'est dur.

  • J'ai fait une analyse de mon abandon et j'en ai tiré les conclusions suivantes : Plusieurs facteurs et une accumulation de petites erreurs ont joué contre moi:

  • Technique de course

    • Je suis parti trop vite

      • Partir moins vite

      • Faire sa propre course

      • Prendre le temps nécessaire aux ravitaillements

      • Faire des étirements

    • J'ai voulu faire trop de course à pied et pas assez de marche au début.

      • Ne pas hésitez à marcher assez tôt pour une meilleure gestion

  • Matériel

    • Sac à dos trop lourd

      • Rechaud à supprimer

      • Couper mousticaire

      • Coupe vent en papier

      • Revoir la nourriture

      • Modifier ma poche ventrale

      • Coudre des portes bidons sur les sangles hautes

      • Appareil photo numérique moins lourd

    • Manque les batons dans les zones sableuses

      • Prendre des batons télescopiques légers

  • Nourriture

    • Pas assez de salé

      • Prendre ADEP

      • Hachis et purée - réhydratation à froid

      • moins de poudre énergetique

      • Taboulée - réhydratation à froid

      • Prendre des choses pour le moral

    • Ras le bol de l'eau

      • VET - pour faire de l'eau gazeuse

    • Déshydratation

      • Prendre les pastilles de sel régulièrement.

  • Préparation physique

    • Crampes aux abducteurs, mal aux jambes, mal aux abdos, mal aux épaules

      • Faire une préparation musculaire jambes/abdos. Il ne suffit pas de courir 150 km par semaine, ll faut faire aussi de la PPG.

      • Faire une préparation des épaules avant la course.

    • Manque de technique de marche

      • Faire des rando-marches de 6-8 heures avec batons.

  • Préparation Mentale

    • Je n'ai pas bien décodé cette épreuve

    • Mes grosses courses précédentes se sont très bien passées, pourquoi aurais-je des ennuis sur celle là ?

    • Manque d'humilité et trop de confiance.

    • Aucun Stress avant la course.

      • Rien n'est jamais arrivé avec ce genre d'épreuve. Il faut la prendre très au sérieux. C'est une course très dure, exigeante et très différente du MDS. Il faut du courage et de la volonté pour aller au bout. Il faut une concentration permanente et toujours savoir où on en est sur le plan physique et mentale pour une meilleur gestion.

         

         

         

         

         

         

         

         

         

 

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